Programme-Traverse-Vidéo-2016

Un texte de Simone Dompeyre

Après la projection de Western Wind – I trust my feelings et I’m more than a machine au Festival Traverse Vidéo 2016, Simone Dompeyre m’a envoyé ce texte inspiré par mon travail et que je souhaite partager !

 

Dès 2005,  Johanna Vaude,  portée par son intérêt concernant la relation de l’humanisme de la Renaissance avec la question de la totalité, se lança dans le footage afin de suggérer, la place de l’homme dans l’univers à travers ses créations dans Totalité Remix,  son premier film intégralement d’images venues d’autres artistes et penseurs. Ensuite, elle réalisa Samouraï  où sans succomber aux vertiges de la technicité, elle entraîna son écriture vers les potentialités du numérique, sans oublier celles du super 8, qu’elle filma, peint, refilma, numérisa.  Depuis, ses cartes blanches pour Blow up, émission concernant le cinéma de Arte-TV, l’entraînent dans la pratique de la citation consciente,  sans entraver  son esprit de liberté, elle les pratique comme une virtuose s’empare d’une première partition avec laquelle elle compose ses propres morceaux. 

 

Ses opus naviguent entre le portrait de réalisateurs, ainsi Kubrick en 2011 : I Turn Home ;  le film de genre, le premier le chanbara  avec Samouraï  puis Color Shoot pour le western et les films sur les arts martiaux, la boxe, les jeux de casino et la Science fiction avec I’m more than a machine (robots et cinéma) … moins souvent des hommages à des icônes comme Di Caprio, Inner Stranger  et Scarlett Johansson et c’est Western Wind – I trust my feelings.

 

Johanna est une des fidèles de la première heure, cette année ce portrait-hommage et les robots, cyborgs et androïdes ont rejoint notre programmation. 

Western Wind – I trust my feelings. Ce film-Portrait qui cueille des images de films absolument divers dans l’écriture, le projet, le réalisateur, forme une image personnelle de la jeune femme au-delà de ses rôles. Johanna Vaude la façonne avec ses «  personnes/ persona le masque du théâtre latin », puisqu’y sourd une personnalité toujours en train de se faire selon ses décisions y compris de rôles et de films. Le titre préfère évoquer un poème  de la Renaissance anglaise, chanté par l’artiste dans Deux soeurs pour un roi de Justin Chadwick

Elle ne privilégie pas l’intrigue de ce film historique qui revenant  dans l’Angleterre pré-élisabéthaine, oppose Marie et Anne Boleyn pour l’amour du roi, mais des paroles de regret d’être abandonnée pour une autre, de surcroît sa sœur. En incipit, cette tristesse tendre accompagne la ligne musicale jusqu’à sa variation provoquée par le passage de films en costumes aux  contemporains et futuristes. Elle ouvre la découverte  de la femme mais seulement dans l’entr’aperçu d’ouvertures à l’iris modifiées par des éclats de couleur, dans ces feux d’artifices retenus d’abord, plus vifs ensuite puis remplacés par des plans précis de villes où déambuler, où courir, où détruire, ou de scènes d’amour du bucolique au torride. Autant d’indices de l’audace de Scarlett Johansson à passer de films d’auteur de Nolan à Allen aux blockbusters avec arme au poing, de rappels historiques de Marie Boleyn ou du modèle à la perle d’un Vermeer  romancé… de jeune fille émue aux vamps se dénudant, aux œillades incendiaires et au sourire félin de justicière. Johanne  dessine ce parcours, cette modulation d’actrice et ce sont outre les feux d’artifice qui multiplient le visage dans le même champ, des fondus qui le transposent d’un champ à l’autre et un fondu au blanc final qui lui ouvrent les champs/ films à venir alors que souvent son œil en très gros plan ou adressé en effet de hors cadre, atteste de son intelligence du jeu.

I’m more than a machine (robots et cinéma)  joue d’un  autre instrument plus tonitruant eu égard à son thème et aux genres de films induits le plus souvent même si souverain le sourire étrange de la femme robot de Métropolis  fait croire à des robots autre que tueurs et destructeurs. 

Les fragments dont Johanna rappelle, toujours, en générique de fin, l’origine se diversifient mais y règnent les robots gigantesques ou les mi-hommes/ mi-robots musclés   parce que c’est cette image qui prévaut avec l’emblématique brutalité de Terminator, 1989, qui devait exécuter la jeune femme enceinte de l’enfant sauveur de l’humanité. Qui se décline dans Pacific Rim,  2013, où des hordes de créatures sortis des océans sont pourchassées par d’aussi sauvages géants de fer. S’immiscent d’autres figures naïves Planète Interdite de 1957, quand les vaisseaux interplanétaires parvenaient dans d’autres planètes et y retrouvaient des survivants d’expéditions précédentes… quand Woody Allen caricature un monde gadgétisé à outrance, quand ce sont des androïdes enfants ou la recherche de robots sensibles comme Eva ou A.I. ; quand Wall E suit la recherche de l’amour à travers les espaces, quand THX 1138, dans le film éponyme, se libère de l’emprise de ceux qui oppresse les hommes réduits à l’esclavage par l’emploi de sédatifs. 

Le film explore d’autres essais de mêler les genres pour seul exemple Real Steel  entraîne un robot-boxeur … Par ailleurs, l’animation se mêle aux prises de vue et à ses trucages et Ghost in the Shell mêle le manga à la SF dans un Japon régi par Internet où une cyborg a des inquiétudes métaphysiques. 

Le tempo est souvent gagné par la virulence du propos, l’image saturée de cruauté et d’éclats de feu, de destruction, de fureur effroyable  et l’on se plaît à rêver qu’un 2001, l’Odyssée de l’Espace résiste.

 

Simone Dompeyre, directrice du festival Traverse Vidéo, Mai 2016.

 

Un texte de Simone Dompere

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